La santé est bien plus que l’absence de maladie. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la définit comme « un état de complet bien-être physique, mental et social » et ajoute qu’elle « ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette approche globale souligne que la santé ne se limite pas au domaine médical : elle repose sur un équilibre entre de multiples dimensions de la vie (physique, psychique, sociale, etc.). Adopter une vision globale de la santé signifie donc prendre en compte l’ensemble de ces dimensions du bien-être.
La santé est un processus dynamique, qui évolue tout au long de la vie. Elle est influencée par notre environnement, nos choix et le contexte dans lequel nous vivons. Ainsi, notre état de santé peut être fragilisé à certains moments, renforcé à d’autres, voire restauré après un problème de santé. Cette conception dynamique ouvre la voie à des actions en amont des maladies pour préserver et améliorer le bien-être.
Pour agir en amont des problèmes de santé, on distingue deux approches complémentaires : la prévention et la promotion de la santé.
Nous sommes acteurs de notre santé, mais celle-ci est influencée par de nombreux paramètres externes appelés déterminants de santé.
Ce terme désigne l’ensemble des facteurs qui affectent notre état de santé, bien au-delà du seul domaine médical. Il s’agit de facteurs très variés, touchant à la vie quotidienne. On regroupe souvent les déterminants en plusieurs grandes catégories, généralement représentées sous forme de cercles concentriques (modèle socio-écologique de Dahlgren & Whitehead) :
Notre patrimoine génétique, notre âge et notre sexe, qui peuvent prédisposer à certaines maladies. Ce « capital génétique » représente les caractéristiques biologiques sur lesquelles nous n’avons pas de prise directe.
Nos comportements individuels et styles de vie (alimentation, activité physique, consommation de tabac ou d’alcool, habitudes de sommeil, gestion du stress, etc.). Ce sont des choix personnels influencés par notre éducation, nos connaissances et notre entourage.
Le soutien social dont nous disposons et l’influence de notre entourage (famille, amis, communauté). Par exemple, la présence d’un réseau d’entraide ou, au contraire, l’isolement social aura un impact favorable ou défavorable sur la santé.
Le contexte matériel dans lequel on évolue – revenus, emploi, conditions de travail, niveau d’éducation, qualité du logement, accès à une alimentation saine, à l’eau potable, aux services de santé de base, etc. Ces conditions de vie déterminent en grande partie notre exposition aux risques et notre capacité à adopter un mode de vie sain.
Il s’agit des facteurs structurels qui influencent l’ensemble de la société. Par exemple, la situation économique du pays, les inégalités de revenu, les politiques sociales, le niveau général d’éducation, l’environnement politique et les infrastructures de santé publique. Ces facteurs systémiques forment le contexte dans lequel tous les autres déterminants s’inscrivent.
Le modèle « arc-en-ciel » de Dahlgren & Whitehead (1991) illustre la superposition de ces déterminants de la santé. Au cœur se trouvent les facteurs individuels (âge, sexe et patrimoine génétique), entourés par les facteurs liés au mode de vie personnel, puis par les réseaux sociaux et communautaires, ensuite par les conditions de vie et de travail, le tout étant englobé dans un contexte plus large de conditions socio-économiques, culturelles et environnementales. Ce modèle met en évidence que la santé résulte de l’interaction entre l’individu et son environnement à tous les niveaux.
Ces déterminants interagissent entre eux. Par exemple, une personne vivant dans un logement insalubre avec très peu de ressources financières sera plus exposée à certains risques (maladies respiratoires liées à la moisissure, alimentation déséquilibrée faute de moyens, isolement social par manque de mobilité) et aura moins de moyens pour y faire face. À l’inverse, un cadre de vie sain et un bon niveau socio-économique facilitent des comportements bénéfiques (alimentation saine, loisirs actifs, recours aux soins préventifs…). Comprendre ces déterminants permet d’agir de manière plus pertinente, en tenant compte du contexte global de chaque personne.
Une bonne nouvelle peut être mise en avant : la plupart des facteurs qui influencent notre santé ne sont pas figés – ils sont modifiables. Autrement dit, nous pouvons agir sur eux (individuellement et collectivement) pour améliorer la santé. C’est plutôt rassurant ! Cependant, il faut noter que ces facteurs modifiables dépendent en grande partie du milieu dans lequel nous vivons. C’est là qu’apparaissent les inégalités sociales de santé.
En effet, nous ne sommes pas tous égaux face à la santé. Les inégalités sociales de santé (ISS) désignent les écarts d’état de santé observés entre différents groupes de population. Par exemple, selon Santé publique France, ce sont des « différences systématiques, évitables et importantes dans le domaine de la santé » entre groupes sociaux. Ces différences ne relèvent pas du hasard : elles sont socialement construites (liées aux conditions de vie) et donc considérées comme injustes.
Concrètement, une personne vivant dans la précarité a statistiquement plus de risques de développer des maladies chroniques, d’avoir une espérance de vie plus courte, et un accès aux soins plus difficile, comparée à une personne aisée. Ces écarts sont frappants : en France, l’espérance de vie des hommes les plus favorisés dépasse de 13 ans celle des hommes les plus modestes. On observe un véritable gradient social de santé : à chaque échelon plus élevé sur l’échelle sociale correspond en moyenne un meilleur état de santé. À l’inverse, plus les conditions socio-économiques sont difficiles, plus la santé a tendance à se dégrader.
L’important à retenir est que ces inégalités ne sont ni une fatalité biologique ni une question de choix individuel uniquement. Elles proviennent en grande partie des déterminants sociaux (éducation, revenu, emploi, milieu de vie, etc.) et du contexte socio-économique. La bonne nouvelle, c’est que parce qu’elles sont socialement construites, ces inégalités de santé sont évitables : on peut agir pour les réduire en améliorant les conditions de vie et en agissant sur les causes profondes.
Lutter contre les inégalités sociales de santé demande une approche globale, intersectorielle (impliquant différents domaines : santé, éducation, urbanisme, social, etc.) et participative. Il ne suffit pas d’inciter chaque individu à faire de meilleurs choix de santé : il est primordial d’améliorer aussi les conditions de vie et les structures sociales pour donner à chacun de réelles chances d’être en bonne santé. Cela implique des politiques publiques équitables (par exemple, garantir l’accès universel aux soins, à une alimentation saine, à un logement salubre, à l’éducation), mais aussi des initiatives locales adaptées aux besoins des populations.
Les professionnels et bénévoles agissant au plus près des communautés ont un rôle clé à jouer dans cette dynamique :
En multipliant ce type d’actions, on renforce le pouvoir d’agir des individus sur leur santé et on crée les conditions d’une société plus équitable face à la maladie.
Adopter une approche globale de la santé, c’est reconnaître que le bien-être des personnes dépend de nombreux facteurs et qu’il ne suffit pas de « se prendre en main » individuellement pour être en bonne santé. C’est aussi accepter que la santé de chacun est l’affaire de tous : cela nécessite un engagement collectif pour réduire les écarts injustes et agir sur les causes profondes des problèmes de santé. En s’appuyant sur les principes de prévention et de promotion de la santé, les professionnels et bénévoles de terrain contribuent chaque jour à construire une société non seulement plus juste, mais aussi en meilleure santé pour l’ensemble de la population. Leur action est essentielle pour que la définition idéale de la santé – cet état de bien-être physique, mental et social complet promu par l’OMS – devienne une réalité partagée par tous.
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